Éloge de la solitude

Article : Éloge de la solitude
Crédit: Felipe Borges via Pexels
18 mai 2024

Éloge de la solitude

La solitude est souvent perçue comme néfaste et très égoïste pour la collectivité. Elle a été et continue d’être décriée dans notre société comme une condition dégradante qui sied aux personnes marginales, en détresse, en manque de stabilité emotionnelle ou simplement aux fourbes ayant une volonté narcissique d’évoluer loin du groupe. Elle est aussi d’un point de vue familial, synonyme de célibat et de vision libertaire d’adultes réfractaires aux convenances.

Condition vilipendée en société

Je trouve parfois exagérée cette description stricte et manichéenne de la solitude quand on peut l’embrasser sans avoir de problèmes psychologiques dissimulés ou un égo fragile à préserver. Et de surcroît quand on essaie juste de ne pas se dénaturer au contact des autres, ou alors de ne pas répondre aux attentes unanimes de la société qui considère la solitude amoureuse comme un sacrilège contraire au mariage, véritable accomplissement prôné.

Il s’agit ici d’énoncer la solitude d’un point de vue bénéfique et salutaire, mais surtout selon ma conjecture personnelle ; je n’incite personne à y voir une injonction formelle à se terrer, mais une alternative à se laisser ponctuellement saisir par des moments à soi.

Ce poème m’est venu à l’esprit par ma propre expérience de personne très retirée, mais la forme m’a été inspirée grâce à la relecture du texte de Robert Lamoureux qui faisait un brillant « éloge à la fatigue » en réponse à des critiques lui étant constamment décernées à cause de sa mine harassée. Sur ce, agréable lecture.


Poeme

Vous me dites de front, chers parents, que je suis toujours seule
Qu’avec les années qui défilent, je tire une mauvaise gueule
Qu’on ne visualise rien de bon à trop se renfermer
Vous me dites enfin, que je finirai ma vie de tous, oubliée.

Oui je suis seule, mais allègrement je m’en régale
J’ai tout d’une solitaire : l’allure, les hobbys et le mental.
D’une amitié forte je pourrais brièvement y consentir et l’envisager
Mais d’un statut marital qu’on exhorte, j’ai le dédain le plus acéré.

Je m’endors, personne à côté et je me réveille dans mes bras
Et chers parents, grâce à Dieu, de cet état je ne m’en plains pas.
Quand je m’en préoccupe, je deviens de mes principes la traîtresse
Car mon indépendance est primordiale à vos mœurs sans souplesse.

La vie communautaire souvent n’est qu’hypocrisie et prétention
Une mise en scène qu’on performe pour de fausses et vaines interactions ;
Une conformité qu’on endosse avec l’espoir de s’aérer l’esprit,
Et à trop se prodiguer, on s’y retrouve à faire éclore des phobies.

On n’est jamais autant esseulée que l’on croit,
Et quand cela serait, n’en a-t-on pas le droit?

Je ne vous décris pas là de tristes replis sur soi qu’on a en impulsion
Quand le cerveau élimé de fléaux se prête à tomber en pâmoison ;
Lorsqu’on a achevé de subir les plus immondes abjections
Et que le détachement devient notre ultime bénédiction.

Lorsqu’en solo on n’a rien à faire, à briguer ou à entreprendre
Cette solitude-là concrètement est mauvaise à y prétendre ;
Elle fait le quotidien morne, l’esprit faible et les demains insensés
Et nous offre le vilain aspect de vivants en manque d’humanité.

Mais se sentir vibrer dans la quiétude paisible et formidable
D’horizons tapis dont on s’est fait l’unique témoin affable
Savoir qu’on est dans la confidence digne de nos projets secrets
Nous empêchent alors de tôt les dévoiler pour de grands regrets.

Ceux qui font de leur vie une mondanité de grande envergure
Marquent un échec par leur aveu de toujours faire bonne figure ;
Car quand le malheur frappe aux portes de leur bonheur partagé
La solitude devient l’ échappatoire rapide qu’ils déploient à l’excès.

La solitude, chers parents, est une image aussi pleine de candeur
C’est la perspective des introvertis en quête de tranquilité intérieure,
Ce n’est pas une vie qui nous pèse ou qui forcément déçoit,
Mais l’issue de personnes dont vous devez respecter le choix.

Lorsque je médite au calme dans un pré sans monde à côtoyer
Je me sens l’épaule robuste à bannir des convictions dévoyés ;
J’en deviens irriguée de vertus saines et d’une conscience pure,
Car mon isolement m’édifie à ne jamais rompre avec ma nature.

Et chers parents, vous me conseillez à la foule, d’aller me mêler?
De prendre d’assaut des mascarades qui font tôt, les couples séparés?
Si j’écoutais là ce que vous me suggérez, et d’envie folle je me livrais à une union souhaitée,
Si je m’abandonnais à vos dispositions que vous pensez efficaces,
Mais je me perdrais assurément, dans une désolante solitude de masse.

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