Féminisme et liberté en milieu noir
En tant qu’entité féminine noire vivant en Afrique centrale, au Cameroun, j’ai très souvent eu une crainte impulsive d’exister en marge, de cheminer en décalage de la société et de m’insurger contre certains préceptes phallocrates et désuets qui y sont véhiculés.
Dans mon pays, il y’a une difficulté à vivre loin des ornières encombrantes, à l’ombre d’une réalité équivoque de notre terroir, dans des sentiers isolés que personne n’exhorte et d’ailleurs même blâme.
Mais avoir consolidé des perceptions profondes qui m’apparaissent certainement solides et formelles, m’a permis de m’émanciper de la peur. Au fil des ans, je suis devenue assurée dans ce qui se révèle à moi comme un désir exubérant et légitime d’aparté, de contradictions fortes, de vie féministe et libre.
Le fardeau de la différence
De cette manière lourde dont j’ai toujours vécu par l’accusation d’être trop différente ou encore le reproche permanent de me faufiler hors des valeurs ancestrales, je me suis à un moment rendue coupable de mes idéaux perçus violemment et jugés loufoques. De la même vision étrange et accablante avec laquelle je scrute également cette machination sexiste installée dans toutes les communautés du pays.
J’ai longtemps cheminé avec mon incapacité à m’aligner sur des voies édictées et en conséquence, j’ai parfois vécu dans le sentiment lancinant de la trahison. Quand on ose prendre le détour loin des voeux de la masse qui pour cela vous accule à revenir sur vos pas, on suffoque de feindre à chaque tentative une approbation de certaines de leurs habitudes. Et c’est ainsi qu’on s’altère l’esprit à vouloir comprendre cette idée de vie adulte centrée sur le foyer, le devoir conjugal et la soumission, apparaissant trop unanime et simplette pour être adoptée sans réflexion. Surtout pour une femme.
Mais à l’usure du temps, avec une dévotion pour mes propres accomplissements, et une lucidité qui dément toute prétention trop moderne et condamnation de mes actes féministes, j’ai très vite obtenu la confirmation que mon environnement détient cruellement les femmes en captives et renégates. Car celui-ci nous rabâche avec autorité des injonctions asphyxiantes, pesantes et obsolètes.
Et je suis parvenue à élucider que le véritable bonheur ne dépend que de notre détermination à identifier ce qui nous convient. Puis naturellement, ce qui se forge comme convention singulière à mon identité innée est apparue comme ma seule utopie.
Traditions et obsessions séculaires
Par mon milieu direct qui me le fait comprendre chaque jour un peu plus, je m’aperçois que vivre sans correspondre aux atouts préconisés à une femme est dommageable.
En prenant donc le large, j’ai desserré le lien sociétal que j’ai désavoué progressivement sous l’imposture des mœurs qui m’empoignent.
Est-ce une question de géographie liés à des normes sociétales encore très figées et trop aliénables ? Ou est-ce moi qui pourrait cultiver des aspirations étrangement malvenues ? C’est à ce point cuisant, que je poursuis crs questionnements chaque jour et me motive sur l’importance de s’affirmer pour soi, en dehors des codes.
En milieu noir, on n’est pas ce qu’on veut être sans tenir compte des autres, de la société, de sa communauté. Qu’on soit un homme et particulièrement une femme, on appartient à sa famille. On doit être le reflet assidu d’une vision globale et normale de leur volonté. On devra faire ce qui semble transparaître comme légale et de connivence avec les principes légendaires transmis.
C’est d’emblée correct de se marier à un certain âge et de faire des gosses. À la trentaine, c’est dangereux de trouver une jeune femme qui traînerait le pied pour se caser et refuserait la maternité.
La matrice première de notre société africaine ce sont la famille et les enfants. Ils apparaissent comme un accomplissement fructueux, une finalité implacable afin de marquer l’étape cruciale et réussie du chemin d’un homme et d’une femme.
Très peu sont ceux qui transgressent volontairement cette voie. La mentalité noire fonctionne de manière intransigeante avec ce schéma de procréation inéluctable. Et pire encore, quand il est admis qu’une maternité plurielle est celle qui enchante davantage et retentit brillamment chez une femme.
Hiérarchie familiale et patriarcat
L’emblème rayonnant des foyers africains est le patriarcat. Dans les chaumières, la hiérarchie familiale s’edifie essentiellement autour du chef de famille, qui est le père et mari. Il détient les pouvoirs et assène son autorité inébranlable. La femme est vue comme la gardienne des lieux et de la progéniture. Elle intervient en seconde position et s’assure du bon fonctionnement de la maison et du bien-être de chaque membre.
Loin d’être repoussante, cette configuration interne est entachée par l’abus et les outrages majeurs dont fait montre le chef de famille. Car à cette souveraineté confiée au père, se juxtaposent très souvent des brimades et coups qui s’abattent sur la femme et les enfants. Les femmes sont les premières à être mises en danger dans une union maritale. Les violences conjugales sont le miroir de cette vision traditionnelle du couple.
En Afrique subsaharienne, 41% des femmes sont battues par leurs conjoints dont 65% en Afrique centrale. Un traitement qui est dû à l’exagération des pouvoirs et l’éducation phallocrate transmis dans les foyers à chaque génération.
Il y’a une conservation d’une idée de supériorité masculine qui convie la femme à se rabaisser et subir ces injustices sexistes et sexuelles.
Au Cameroun la loi ne criminalise pas proprement dit les violences ni le viol conjugal. Et on en arrive à perpétrer dans le pays, la chaîne des féminicides qui le gangrènent sans que cela n’alerte gravement l’opinion publique.
Féminisme et émancipation en milieu noir
Le féminisme apporte une certaine solution à des problèmes de société liés au contrôle du corps et de la volonté des femmes. Se dire féministe ce n’est en aucun cas vouloir dominer à notre tour les hommes. Les sociétés matrilinéaires datant de la période précoloniale, montrent bien que les femmes s’organisaient sans vouloir écraser ou imposer leur règne.
Le féminisme apporte aux femmes les savoirs qu’il leur manque pour définir leurs besoins sans que rien ne leur soit réglementé. C’est aussi vivre l’égalité dans leur chair de femmes libérées des diktats et détenir les mêmes avantages que les hommes. Même si biologiquement et physiquement la nature n’a pas fait pareil les deux genres, il est nécessaire pour les femmes de convoler en de justes prérogatives et de briguer des aspirations en dehors des carcans qui leur dépeignent un avenir obscurantiste et limité.