Je me souviendrai de ma révolte
Je ne peux pas raconter d'où je viens. J'ai tout oublié. Du moins, je pense avoir occulté involontairement ces derniers mois lorsque j'ai été secourue et extirpée d'un hôpital psychiatrique à Téhéran.
Dans un contexte subsaharien marqué par un faux de fécondité élevé, la procréation très importante dans les foyers invite à la pressentir comme une situation et passage incontournable voire obligatoire. Et l'on s'aperçoit très souvent de l'immense déshonneur qui entache les rares courageuses qui veulent s'en affranchir
Il y a ce livre que j’ai perdue dans ma débâcle précipitée loin de mon époux... Ce livre de Simone de Beauvoir qui a eu un impact florissant sur le déclic salutaire qui m’a permis de reconquérir ma dignité au monde de femme respectable. Lire « le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir durant ces quatre dernières années de mariage, m’avait permis de ne pas sombrer aveuglément dans les méandres adulés d’une vie oppressante de femme au foyer docile.
Je suis tiraillée entre mes convictions qui devraient faire l'unanimité au lieu de convier à l'étonnement, et mon environnement qui se raidit et s'offusque. Je conserve pour mon milieu natal quelque affection essentielle, de même que je porte douloureusement le poids d'être cette fille chahutée qui vit à l'encontre des codes.
Dire ''Paie ton droit à l'avortement'' est une métaphore, une façon de faire exprimer ce cri de rage venant de toutes ces femmes à qui on avait semblé donner l'autonomie de disposer de leur corps comme bon leur semble, mais qui voient se volatiliser un progrès qu'elles croyaient acquis.