Je me souviendrai de ma révolte
Je ne peux pas raconter d'où je viens. J'ai tout oublié. Du moins, je pense avoir occulté involontairement ces derniers mois lorsque j'ai été secourue et extirpée d'un hôpital psychiatrique à Téhéran.
Je ne peux pas raconter d'où je viens. J'ai tout oublié.
De mon enfance, je n’ai aucun souvenir heureux. J’emprunte volontairement la même formule introductrice qu’Edouard Louis dans son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, paru en 2014, pour définir les mêmes élans de violence qu’une parentalité affreuse a dardée sur mon bonheur.
J'irrigue mon vocabulaire de mots irrévérencieux qui déplaisent fortement aux alentours. Je m'emporte, dénonce, critique tout le fonctionnement social assourdissant de ma société patriarcale déchaînée. Je n'obtiens pas toujours gain de cause mais je ne faiblis pas de recenser les besoins urgents de ma condition : vivre selon soi.
Je suis tiraillée entre mes convictions qui devraient faire l'unanimité au lieu de convier à l'étonnement, et mon environnement qui se raidit et s'offusque. Je conserve pour mon milieu natal quelque affection essentielle, de même que je porte douloureusement le poids d'être cette fille chahutée qui vit à l'encontre des codes.