Naître fille, être femme

Article : Naître fille, être femme
Crédit: Okiki/Onipede
29 avril 2025

Naître fille, être femme

Se frotter de plein front aux éléments factuels qui nous positionnent en contrebas du chemin des hommes, est une initiative embrassée très tôt. Avant même d’avoir eu le temps de profiter des premières années de sa vie, une fille se heurte précocement dans l’enfance aux déferlements d’aléas émanant de son sexe biologique. Comme une répercussion malsaine d’une société misogyne, chaque jeune être féminine entre dans ce monde avec l’héritage de domination longtemps (sup)portée par les générations précédentes.

Rôle standard et éducation biaisée

La plupart des filles sont éduquées dans le cadre sournois de la discrimination genrée. Au sein des familles rigides et même souples, c’est la même déflagration de stéréotypes sexistes qui attribuent à celles-ci une vision piètre et simpliste de leur valeur.

Depuis toute jeune, les filles sont pressenties à acquérir une exemplarité avenante avec tout le package qui s’y colle : travailleuse-menagere volontaire, cuisinière hors-pair, maitresses de maison aguerries au sourire complet et à la bouche aussi taiseuse que son empreinte effacée.

On leur apprend ainsi les fondements de leur statut limité auquel elles se doivent de correspondre sans avoir le droit crucial de conserver quelque doute raisonnable qui pourrait surgir en elles. Et hors du cocon familial, elles se heurtent ensuite aux institutions académiques, professionnelles et administratives d’une société en dephasage avec la répartition égale des mérites.

Évolution régressive

Et en grandissant, rien ne s’améliore. Souvent, comme voulu et prédit, ne se développe dans leur conscience dévaluée qu’une mince opposition entre leur esprit dompté à l’infériorité et l’infini possibilité de s’en échapper.
Mais les droits progressifs qui leur ont été conférés devenant de plus en plus menacés, ceux-ci représentent souvent le motif de prise de conscience d’une condition féminine maintenue dans l’ombre et l’adversité.

Poème

Une essence biologique qui détermine une vie accessoire
À l’aune d’inégalités de genre au comble d’un fossé notoire,
C’est un mythe légendaire d’une supériorité mâle invincible;
Qui traîne depuis des siècles sur les femmes au sort pénible.

Des cris poussés aux prémisses d’une nouvelle atmosphère
D’une âme innocente qui s’éveille dans un monde curieux;
Hors des entrailles douillettes qui procuraient un confort fier,
Se profile le danger pour un sexe qui escorte un héritage affreux.

Ces premiers hurlements manifestés comme présence vivante
Deviendront une routine future dans une épopée affligeante;
La naissance présageait l’horizon fragile d’un corps dominé,
Sombre reliquat d’une transmission de blessures imposées.

Naître fille, être une femme, vivre esclave, mourir épave
Canevas d’un destin piteux transmis par une société scélérate;
Les tourments de nos vies ont la saveur de femmes qui en bavent,
Pour s’élever dignement loin des tracés rudes qui nous impactent.

Naître fille, être femme, vivre en pantins, mourir dans l’horreur
Sentir le cours du temps brûler nos perspectives en déclin,
Dans une trajectoire sournoise aux prises avec notre honneur;
Et notre bien-être rabroué sur l’autel rigide d’égos masculins.

Capsule sonore

Audio par Marina Tem

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