La complexité de vivre
Dans l’harmonie de nos quotidiens, surgissent parfois quelques moments féroces qui viennent régner en maître dans notre esprit et nous font trembler d’incertitudes.
Ceux dont le retentissement est si imposant qu’ils saccagent notre routine du présent et défient notre maîtrise de l’avenir. Il y’a ces instants de peur absolue et d’empressement à questionner le bilan de nos comportements et choix les plus audacieux, et involontairement les plus fâcheux. Mais aux yeux de qui ?
Qu’est ce qui fait qu’on est soi ? Qu’est ce qui procure une sensation de vivre, d’exister pleinement ? Sans remettre en question une certaine idée de vie qu’on veut adopter ? Qu’est ce qui nous rassure qu’on est bien dans la bonne direction ?
De cette direction où réside la plupart du temps une accumulation d’injonctions qui ne nous appartiennent pas, qui ne sont là que pour mettre en lumière un bonheur certifiée comme preuve d’une vie si bien édictée. Autant que les autres nous le façonnent.
Les autres, ceux-là précisément qui ne démontrent aucune considération réfléchie à la véritable altérité aux multiples déclinaisons. Au point qu’ils en deviennent une sorte de contrainte difficile et ennuyeuse de vie en société.
Dans leurs réflexions qui se rangent, s’alignent, font bloc contre ceux (nous) dont les principes de vie minoritaires basés contre l’heteropatriarcat, la famille invasive et la maternité autoritaires mais militant pour un féminisme radical et une liberté individuelle, sont relégués en quarantaine.
Et ils l’exercent avec ce fond de pensée toujours ardent et unanime qui trône et se croit capable d’aplanir la voie sous nos pas qu’ils affirment égarés et vacillants. Pour qu’au final, ils s’accommodent à cet équilibre standard et uniforme où se nichent les plus trompeuses et abrutissantes rengaines de cases à cocher qui les vouent à un bonheur partiel vécu sous le seul regard pesant des maîtres de la bienpensance.
Se croire défectueux dans un moment lâche et confus, c’est vouloir leur ressembler. Essayer d’être une fausse copie de soi, image déformée d’un groupe tortueux où se perd toute unicité. Moi à l’écart, je suis bien plus qu’un reflet déçu. J’apparais comme une contrefaçon, un produit raté d’une communauté à la dérive. J’arbore le recul et l’esprit critique des marginaux, l’anticonformisme et la révolte des inadaptés.
Malgré ce véto, je n’assume pas toujours la complexité d’être moi, car soutenu par ce sentiment de ne plaire qu’à moi, de me suffire. Pour ensuite rechercher parfois chez certains, cette vision dépitée et recluse au monde d’une fille étroitement désabusée.
Je ne peux m’empêcher d’avoir cette sorte d’agressivité avide qui en voie de panique me surplombe, et me fait savoir qu’au fond je suis effrayée. Affolée à l’idée même de ne pas être à la hauteur de mes convictions. D’avoir peur qu’on humilie mes idées, qu’on nargue mon idéalisme ou que l’on moque mes principes sacrés.
Tout chez moi se perçoit en offensive réactionnaire, réplique érigée contre l’humain en général vicieux et qui pour moi ne possède qu’une piètre notion de sincérité et d’humanisme.
Ce qui me rend différente aux yeux des autres est cette facette stricte et imperméable aux défauts répandus tranquillement, et qui est interprétée de la manière hypocrite dont ils en font usage dans leur comédie humaine basée sur des émotions factices et calculées.
Toute tentative sociale que j’entreprends aboutit en une raideur relationnelle, une fuite en avant loin des discordes et faux-semblants pour se réfugier dans un retrait solitaire et réconfortant.
Et cela pour seule cause de n’être pas apte à persévérer afin de m’insérer dans ces interactions déguisées qui accroissent la nervosité d’une incomprise. Celle dont l’acharnement et la volonté à lutter pour transparaître « normale » ne lui permettent rien. Sauf en fin de compte la terrible épreuve de dealer éternellement avec des escales compliquées dans le paysage mondain.