Fête des mères : célébrer l’exception de ne pas vouloir en devenir une
Dans certaines régions du globe, comme la mienne d’Afrique centrale, au Cameroun, chaque dernier dimanche du mois de Mai est annexé en fête des mères. C’est une douce célébration annuelle qui embaume le cœur de celles qui se sont vues mouvoir naturellement ou charmer à l’usure, par le désir de l’enfantement.
C’est un moment solennel pour reconnaitre les vertus de ce statut capital en saisissant combien une bonne maman est d’une importance cruciale dans la vie de son enfant. Spécialement quand celle-ci représente très souvent son principal point de repère et d’appui éducationnel.
Seulement, être mère ne se résume plus tellement à un idéal à conquérir quand la société insiste souvent à faire de toutes les femmes des matrices absolues de procréation. Et surtout que quiconque ne peut se vanter d’en avoir le mérite tant les responsabilités qui incombent à cette position délicate nécessite un sérieux et un amour inconditionnel. Qu’en-est il de celles qui ont choisi volontairement de se libérer des diktats et d’embrasser la non-maternité et qui se heurtent aux stigmatisations ?
Être une femme et mère dans la société
C’est beau d’admirer ces femmes qui naviguent dans le bonheur quand elles ont accompli ce qui semble extraordinaire et spontané à leurs yeux : être maman. C’est une bénédiction que de se savoir comblée par un petit être qui est un prolongement de nous même et que l’on a désiré inclure dans notre projet de vie sur le long terme.
C’est satisfaisant de libérer hors de ses entrailles un enfant porteur de notre volonté parentale saine et consciente, et pour qui on est prête à se donner corps et âme.
C’est en cela que réside cette fête : un moment de contemplation mérité de ce rôle maternelle acquis qui a fait de nous un être humain encore plus épanouie, généreux, bienveillant et fier.

Mais cette idée de procréer et d’en être joyeux reflète souvent un processus légendaire ayant été transmis depuis des générations et qui ne donne pas souvent à le remettre en question. Certes, ces femmes heureuses d’être mère le sont; mais d’autres embrassent sans réflexion véritable ce statut pour correspondre aux exigences de la société.
Peu importe les géographies modernes ou conservatrices, entre l’Europe ou l’Afrique, cette mission de se rendre maman est devenue le plus souvent une ode obligatoire plus qu’une volonté personnelle. Au point où les femmes deviennent de plus en plus scrutées, épiées et jugées quand elle tarde à franchir ce cap ou pire, à ne pas vouloir le faire.
S’éloigner des conventions séculaires de la maternité
On peut respecter le choix majoritaire d’une société sans vouloir forcément s’en fagoter. Le principe même de la liberté réside dans le désir de prendre en compte notre voix sans se rendre tributaire des injonctions pressantes. Les attributions déchargées sur les femmes alors qu’elles sont des personnes entières, reflètent le mécanisme de manipulation et de domination de leur corps. Et cette ordre rigoureux à la procréation incontournable en est la représentation la plus tangible quand on constate les mouvements réactionnaires contre l’avortement.
En outre, la nouvelle mouvance child free accolée à cette situation de non-enfantement résulte le plus souvent de divers facteurs primordiaux à prendre en compte car ils expliquent factuellement cette éloignement loin des conventions de la maternité. Il suffit de voir combien certains enfants ont souffert de la main de leur parent et ont été rebutés par cet état. Les blessures de l’enfance chez certaines filles ont pesées lourd dans la perspective maternelle de leur future: entre viols et violences conjugales, traitements sexistes, infantilisation et rabaissement.
Pour d’autres, les raisons économiques et les alertes climatiques ont été des moyens efficaces à les dissuader de s’engager dans cette voie. Comprendre les raisons de chaque femme dans une décision de ne pas devenir mère revient à lui accorder de la légitimité et la validité sans les accabler d’égoïsme, de vie frivole ou les faire culpabiliser d’une manière ou d’une autre.
Célébrer la singularité de ne pas succomber aux diktats
Au delà de tout traumatisme d’enfance, craintes environnementales ou toute considération surplombante de l’entourage, être mère peut juste ne pas être un cheminement commun qui enchanterait toute femme. Ce n’est pas une mission inhérente que chacune voudrait facilement investir au moment voulu.
Il y’a cette interrogation majeure qui peut apparaître dans le cœur de certaines femmes qui voudraient ne pas forcément se voir projeter comme parent d’un être pour qui elle ne ressentirait aucune attache. Ou simplement ce n’est pas si naturel pour elles que de s’embarrasser d’une vie de famille axée sur un ou plusieurs mômes dont on serait responsable pour toute la vie. L’aspect d’indépendance et de carrières à faire grandir dans un but personnel est aussi une des lignes directrices de cette conduite singulière clouée au pilori et qui pourtant ne le devrait pas. Il n’est pas dit que toutes les femmes doivent joindre à leur agenda professionnel un moment de stopper leur ascension pour convenir aux besoins de leur famille.
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Il est donc important de reconnaitre et de gratifier les mères qui se donnent pour sacerdoce noble de porter la vie et de participer à la continuité de l’espèce humaine, mais aussi de saisir et respecter la nuance de ces autres femmes-là qui répondent aussi bien à la définition de femme sans rebondir par le prisme de la maternité. Car elles peuvent aimer les enfants tout autant qu’en choisissant de ne pas vouloir être mères. Et comme le dit si intelligemment la philosophe d’origines italo-congolaise, Nadia Yala Kisukidi :
« Mon ventre n’est pas une maison d’arrêt ; son rôle n’est pas de laisser grandir la vie mais d’épouser mon désir – irrépressible. «