Être noir et queer au 21 e siècle

Article : Être noir et queer au 21 e siècle
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23 août 2020

Être noir et queer au 21 e siècle

On entend de plus en plus des discours sur des réformes sociétales unilatérales qui visent à dicter un mode de vie dit sain pour les individus, basées sur une non reconnaissance pour certains, de leurs identité de genre et orientation sexuelle perçues comme dévoyées. Mais grand bien nous fasse, depuis la dernière décennie et bien avant encore, des voix s’élèvent pour réclamer le déclin de cette uniformisation destructrice du quidam, qui nuit à son bonheur et sa liberté.

Ces voix, ce sont des gens nombreux, unis, rassemblés dans la force d’une idée commune: se sentir libres d’être qui ils sont. Ils sont forts, courageux, déterminés, en quête de liberté, de revendications de leur état naturel. Le qualificatif queer apparaît donc pour désigner ces personnes et exprimer leur jugement dissocié d’une norme instaurée.

C’est quoi être Queer ?

Dans une société en perpétuelle mutation de pensées et d’attitudes, où les modèles dominants sont calqués sur la cisidentité et l’hétérosexualité, il est difficile de s’octroyer une place et d’acquérir de la légitimité surtout quand on apparaît comme contraire à la démarche homogène du groupe. La conscience de l’individu lui est imposée, dictée, signifiée pour son bien-être et sa valeur au sein du groupe. Comment s’en sortir et affirmer ses choix sans risquer de passer pour une contrefaçon, un échec du système?

Le signifiant queer a été au départ un juron des nord américain pour distinguer l’autre dans sa bizarrerie, son étrangeté. Le terme s’est vu réapproprier par la communauté LGBT+ pour défendre leur attributs et lui donner une consonnance positive. Se représenter queer donnait la perspective d’être différent, et l’ambition de l’affirmer. Il donnait tout son sens à une différence proclamée d’un choix de vie et d’idée assumée. Mais pour autant, le signifiant queer ne donnait pas littéralement objet à une appartenance à une communauté, LGBT+ notamment. S’identifier queer rejoignait 3 idées :
-Se percevoir en désaccord avec les modèles dominants et rejeter la vision binaire de l’identité et de la sexualité.
-Se revendiquer membre des minorités sexuelle et de genre.
-Se refuser à être étiqueter selon son identité ou son orientation. Il adviendrait dès lors un paradoxe quant à la première énonciation du queer qui se veut simplement contestataire du système normatif, peut il être queer et lié à ce système qu’il rejette ? On y reviendra sans un prochain article.

Les groupes humains issus des minorités sexuelles et de genre LGBT+ , représentation majeure du queer des sociétés actuelles, subissent désormais sur eux toute la répression des groupes majoritaires qui se revulsent contre cette manière d’être aux antipodes du courant de pensée validé par l’institution. Encore pire, quand dans cette communauté on appartient à une minorité raciale: celle des noirs, confrontée à un foisonnement de mentalités traditionnelles. Se dessine alors la double influence de la couleur et de l’identité sur le mode de vie. Peut-on être noir et queer ?

Penser sa nature malgré sa race

Être noir et spécialement en Afrique, suppose d’être frotté aux valeurs judéo-chrétiennes qui se concentrent sur la foi chrétienne et l’illusion de textes bibliques censées donner une conduite de vie authentique et saine. De cette valeur morale issue du christianisme et même de l’islam, naît un principe de vie communautaire véhiculé et destiné à être adopté par ses pratiquants. Valeur de vie impliquant le mariage, entre deux personnes de sexe différent évidemment. Il serait inutile de dire combien serait prohibé tout comportement allant à l’encontre de cette voie.
Dès lors, dans la race noire réside toute la complexité d’une culture qui réprime toute différence autant dans le caractère identitaire que sexuel d’un individu provenant de cette minorité raciale. Penser sa nature queer en tant que noir, c’est être certain de se heurter à une réalité sociale extrêmement violente dans le cas de sociétés noires standardisées à l’échelle même d’un dynamisme conservateur plus brutal.
Il n’est pas question ici pour l’individu de refuter les clauses du système, c’est un non débat. Il ne s’agit pas de faire ce qu’on veut pour soi, ni de se munir d’une contre identité qui passerait pour outrageante à l’espace publique. Il s’agit de se défaire de toute pensée et attitude qui révéleraient une distorsion des moeurs et un inconfort sociale surtout pour les autres. Être queer et noir apparaît donc inenvisageable, improbable, destructeur pour l’individu qui voudrait se l’accorder. Être noir et queer c’est porter toute la responsabilité involontaire du diktat d’une culture ou d’une religion avilissante. C’est subir deux fois plus de stigmatisation, deux fois plus de discrimination liées à sa double disparité. C’est être à l’intersection de nos identités; identité de race et identité de genre/sexuelle. Cette intersectionalité qui met à l’épreuve notre bonheur, qui nous réclame plus d’ardeur, de force et de résilience.

Être queer et noir cest aussi se battre, résister encore plus et se donner la possibilité d’exister, de révéler au monde que nous ne sommes pas des productions de l’occident à qui on aurait usurpé des schemas créés pour leur plaire. Remettre en cause le fondement d’une situation non naturelle, importée et/ou imposée, et alors prouver que cela n’est pas un héritage colonial.

Décoloniser la pensée queer

Forte d’une polémique concernant l’apparition des minorités sexuelles sur le continent, l’Afrique apparaît comme instrumentalisé par l’Occident qui voudrait faire montre d’un imperialisme sociale.
Il est nécessaire de préciser qu’avant la période coloniale et même pendant, étaient observées des pratiques entre personnes de même sexe dans plusieurs pays d’Afrique. Bien que pratique et relation amoureuses soient assez distinctes, on ne rejette pas cette hypothèse qui viendrait déboulonner les discours sur l’importation de la  »queerness ». Cette hypothèse qui prouverait que les attitudes récentes considérées queer existaient déjà dans la population noire il y a bien des années. Il est question des origines queer en Afrique ou de sa genèse en situant bien dans l’histoire pré et post coloniale, des peuples noirs aux rites insoupçonnées queer par ces derniers. Décoloniser la pensée queer servirait à nier avec véhémence l’hypothèse d’un mimétisme de mœurs occidentales et viserait à donner plus de crédibilité et de visibilité aux noirs queer qui seraient alors maître de leur nature, qui ne leur est pas soumis ou qu’ils ne copieraient pas.

Il est évident que la race noire fait face à de plus graves défis quant à l’acceptation de ceux qui se revendiquent queer dans la société africaine en particulier. Des luttes identitaires en progression, certes lente, sont menées pour le respect des droits de l’Homme et surtout une plus grande tolérance vis à vis de ces personnes en général.

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