Concours d’écriture de Préface la CÈNE littéraire : une belle participation malgré l’infortune

Article : Concours d’écriture de Préface la CÈNE littéraire : une belle participation malgré l’infortune
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1 décembre 2025

Concours d’écriture de Préface la CÈNE littéraire : une belle participation malgré l’infortune

En vue de la réédition du premier roman intitulé Sa seule épouse de l’autrice ghanéenne Peace Adzo Medie par les éditions Flore Zoa, l’association La CENE littéraire détentrice de cette jeune maison a lancé un appel à textes. Il donnait pour enjeu l’écriture de la préface de cette nouvelle parution dans un style original et inédit. Sans manifester ma crainte de n’avoir jamais lu l’ouvrage, j’ai décidé de relever le challenge de cette contextualisation.

Objectif de l’appel à textes

Modalités d’évaluation

Structure des candidatures

Mon texte proposé

Quelles perspectives pourrait-il y avoir de plus exaltant que de s’extirper d’une campagne précaire pour des horizons plus commodes et opulents en ville ? Surtout lorsque cette échappée se prétend alors comme un exode salvateur loin d’une atmosphère bucolique où s’étiole une jeune vie dénuée d’un futur rassurant et encore moins autonome.

Quitter son village loin des sentiers de célibat et de misère, c’est ce qu’a fait Afi Tekple, l’héroïne de ce roman finement écrit par Peace Adzo Medie et intitulé Sa seule épouse. Ce dernier apparait tangiblement comme le récit initiatique d’une jeune femme soudainement affublée du rôle d’épouse, lui ayant conféré un statut mirifique jouant sur plusieurs tableaux controversés et inconnus en amont de la protagoniste crédule.
Dans cet ouvrage publié en 2023 aux éditions de l’Aube, la romancière ghanéenne férue d’études de genre nous relate dans un huis clos familial contemporain, les péripéties cinglantes d’une jeune femme fraîchement mariée dont la nouvelle existence est chamboulée au sein d’un foyer bardé d’un cheval de Troie.

Loin de s’imaginer les revers de fortune que dissimulaient sa nouvelle situation idéalisée, Afi va se rendre compte à ses dépens de toute la mascarade matrimoniale qui déploiera son fils d’Ariane tout au long des treize chapitres. Chers lecteurs et lectrices, dans ce roman digne d’une fresque épique aux personnages divergents, il ne s’agira pas de problèmes dérisoires de couple que l’on pourrait juger expugnables quant à la volonté fondamentale de toute épouse de maintenir son union. Mais cela se réserve être la mise en exergue détaillée et honnête du quotidien éprouvant d’une femme aux prises avec des manigances retorses de sa belle-famille énigmatique.

Son séjour d’abord pensé par Afi telle une stabilité et réconfort atteints, se transformera en bataille tumultueuse pour se départir de ses insécurités entretenus par une famille par alliance vicieuse sans conteste ainsi que d’un mari intrigant : Elikem Ganyo. Désabusée par une parade nuptiale factice auprès de cet époux désinvolte et sans conviction d’amour, elle va se hisser en guerrière malgré elle, pour changer l’issue préméditée à son insu de sa malencontreuse union.

En préambule des trois premiers chapitres, c’est une présentation sévère des circonstances ayant conduit Afi à se convaincre de quitter sa bourgade, qui nous plonge en immersion dans le contexte de sa vie. Entre insistance familiale et injonctions grandissantes de ses deux familles, Afi va se laisser corrompre vers le départ.

Mais cet exil vers une urbanité avenante ne sera pas uniquement le recours exigent de ses proches, mais une volonté accessoire pour Afi de réaliser un vœu personnel de poursuivre ses études de stylisme et de tenir plus tard une échoppe à Accra. Sans compter l’espoir de sortir sa mère veuve de la pauvreté et lui offrir un confort mérité. On se retrouve confronter à des thématiques de pression familiale qui baigne sur des filles naïves sans possibilité de refuser le destin impérieux qu’on leur charge.

Ainsi, on s’imbibe donc d’une déclinaison acerbe de ces adultes menacés d’être tenus en disgrâce quand ils ne veulent pas s’accommoder des volontés parentales et familiales devenant comme une épée de Damoclès flottant sur la tête de toute progéniture récalcitrante.

Dans ce nouveau mariage dont la célébration se déroulera étrangement sans l’heureux partenaire, Afi sera le souffre-douleur de toute une nouvelle communauté vilaine. Sa nouvelle adresse la placera ensuite dans un appartement isolé dans lequel ne daignera pas se présenter immédiatement son mystérieux époux. Celui dont elle rêvait d’être la seule épouse quand il avait déjà une maitresse qui occupait ses pensées et même sa vie grâce au lien indéfectible conféré par leur fille Ivy.

Si tant est qu’il se trouva cette marge fine entre le désir protocolaire imposé à Afi de prendre noce et les désillusions de couple subies par elle, les fragments se sont avérés énormément retentissants. La ligne ténue qui rapprocha les joies de l’union aux désagréments sournois déclenchés, a été manifeste dans le socle rompu de la vie calamiteuse d’Afi.

La distance insérée par son mari qui ne lui vouait qu’une mince attention par des appels téléphoniques sans la combler de sa présence, sera une sorte de ressort de lucidité poussant Afi à se ressaisir et chercher une stabilité mentale, économique et physique.

Elle poursuit sa quête d’indépendance en mettant le pied à l’étrier dans sa formation qui lui procure un bien-être revigorant. Par ailleurs, avec les reproches virulents de sa mère qui lui impute l’éloignement d’Elikem, Afi s’acharnera dans son rôle d’épouse dans les domaines culinaires et esthétiques afin de conquérir celui dont elle finira par obtenir un semblant de rapprochement.

À peine avoir rompu l’isolement dans lequel elle était immergée, il s’en suit une brève intimité avec Elikem qui ne lui garantira néanmoins pas sa totale exclusivité. Car ce dernier reste attaché à sa première copine, Muna, dont le spectre perturbateur plane sur le couple. C’est une esquisse de dualité romantique assez perceptible chez les hommes qu’on ressent à travers l’ambiguïté d’Elikem Ganyo qui ne veut trancher entre les deux femmes.

Afi comprend qu’elle ne pourra pas faire abstraction de sa rivale malgré la nouvelle flamboyante de sa maternité qui la réjouit. Devenant plus assurée et téméraire, elle confronte les membres de sa famille qui ne voit en sa grossesse qu’un moyen de consolider son foyer. Et dans la même foulée de cette prise de confiance et de caractère bien trempé, Afi défi frontament Elikem en lui réclamant un déménagement dans une meilleure habitation.

Cette phase de l’affirmation du comportement rebelle d’Afi se révèle l’action propice du roman contre tout ce monde qui lui avait toujours commandé son attitude sans lui laisser la voie à ses sentiments longtemps malmenés. Sans divulgâcher l’issue fatidique, ce roman présage de la force intérieure de cette jeune femme qui lui donnera l’engouement de rompre avec les convenances et de signer un rebondissement brutale avec son époux de qui elle a cherché inlassablement à devenir sa seule épouse.

Chers lecteurs et lectrices, il ne faudra donc pas céder à des humeurs faciles qui dicteraient de clouer au pilori cette épouse qui refuse de plier sous les injonctions patriarcales implacables hissées pour intenter aux femmes de sauvegarder à tout prix leur foyer.
Mais l’intrigue est conçue pour essayer de susciter en vous un haut-le-cœur légitime afin de saisir le sentiment urgent d’une épouse à vouloir rechercher de l’amour, de la valeur et l’exclusivité auprès de son époux afin de revendiquer cette quête là comme une utopie universelle.

Dans cette optique féministe, Peace Adzo Medie tracée dans le sillage des œuvres militantes de Mariama Bâ et de Buchi Emecheta, a brillamment réussi à nous distiller progressivement les émotions croissantes d’Afi qui se sont renforcées et endurcies au fur et mesure que son étoffe de fille modeste et ingénue s’en est allée. Et cela pour cause d’avoir su composé habilement -mais pas toujours- avec les attitudes ambiguës de sa famille par alliance et de celle propre dont elle est issue.
Lire Sa seule épouse sera donc l’ultime confession de chaque femme sur le désarroi flagrant qui rythme les aspérités des vies de couple majoritairement étouffantes et irrespectueuses envers elles. Le féminisme se revêt donc indispensable et se doit d’être la composante essentielle de l’âme de toute dame en bonne foi et conscience pour l’égalité des sexes et l’épanouissement féminin.

La CENE littéraire aux engagements on ne peut plus véhéments sur le partage des littératures africaines, a couronné ce roman du prix Les AFRIQUES 2024. C’est dire l’immense concordance quant à leur mission de faire un pont entre les cultures et les individus dans le but noble et prioritaire de disséminer des histoires singulières du continent aux relents toutefois universels.

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